mercredi 13 septembre 2017

Interview - DEAD END




Auteur d'un retentissant album, "Suicide Notes", sorti il y a quelques semaines, Dead End est un groupe emblématique de la scène punkrock française malgré son exposition assez discrète. Déjà plus de 20 ans d'existence et désormais 5 albums à la clé. On fait le point avec Wattie.






Qu’est ce qui fait que 20 après sa création Dead End est toujours en vie ?

Wattie : Simplement le fait que je sois toujours en vie. Longtemps, j’ai refusé qu’on me mette en avant. Je pensais que la notion de groupe me permettrait de me cacher derrière les autres membres mais quand je relis l’histoire, c’est une évidence : Dead End ça a toujours été moi, seul. Je joue et chante ce que je suis. C’est mon intimité, ma douleur, mon exutoire depuis 20 ans.
Bien sûr, je ne minimise pas le rôle des personnes qui m’ont entouré jusque-là et j’ai conscience que sans elles, je n’aurai rien pu concrétiser...




Dead End tourne peu en comparaison d’autres groupes, est-ce parce que c’est plus ton projet perso où tu t’éclates davantage à composer ou est-ce juste parce que c’est compliqué de trouver des dates ?



Tu réponds un peu à la question, c’est un peu tout ça mais pas que... D’une part, je suis agoraphobe. Je l’ai caché une grande partie de ma vie et comme ça créé l’incompréhension chez pas mal de personnes qui se demandent pourquoi je ne me lance pas sur les routes depuis toutes ces années, la réponse est là. Je me soigne mais voilà, c’est parfois difficile. Chaque concert est une torture psychologique. Je suis poussé par l’envie de le faire parce que j’aime ça et une fois que j’accepte, c’est l’horreur “inside”. Ça ne s’explique pas. Enfin si mais je ne vais pas le faire ici car il faudrait que je raconte ma vie et j’en ai suffisamment dit ... ;cÞ



D’autre part, je préfère composer des chansons et les partager sur le net même si les gens n’écoutent plus vraiment les groupes autoproduits.

Ceci dit, si j’avais eu un manager pour me pousser au cul, Dead End aurait été largement plus actif et connaîtrait une vie musicale bien différente...






Est-ce que tes influences ont évolué depuis le tout premier album ?

Je suis borné. J’aime toujours autant le punk rock des 70’s et 80’s. Rien ne fait plus triper que d’entendre du punk de 77 ou anarcho-punk anglais de 82. Le punk de chez Epitaph et autre Fat Wreck, je n’adhère pas.



Et plus je vieillis, plus je me tourne vers mes premiers amours. Ce “Suicide notes”, comparé aux albums précédents, est l’album qui a été le plus influencé par la rythmique d’ACDC (période Bon Scott, ma première claque musicale en 1978), bien que “Clusterfucktabulous!” avait déjà annoncé la chose. Pour tout te dire, je ne supporte plus les 3 premiers albums. Dead End ressemble enfin à ce que je voulais depuis le 4ème album seulement. La raison est que par le passé, comme je ne souhaitais pas être le décideur, j’ai laissé le choix sur la façon de jouer les chansons aux autres membres qui n’avaient pas les mêmes influences musicales. Pour preuve, une de mes démos composée et abandonnée en 1994, c’est à dire 3 ans avant que je joue en groupe avec Dead End, a été réenregistrée pour le nouvel album. Retour aux sources donc...





La sortie de Suicide Notes aura été un véritable parcours du combattant si j’ai bien compris. Tu es finalement passé par le financement participatif pour le réaliser. Pourquoi cette démarche ?




Depuis 2003, date à laquelle Dialektik Records (le label qui a sorti les deux premiers albums. NDLR) a déposé le bilan, sortir un disque autoproduit est devenu une galère. D’ailleurs, l’album “Good moaning” n’avait pas eu droit à une sortie en CD, il sortira 2 ans plus tard sur les plateformes numériques mixé à l’arrache par mes soins. Le suivant est sorti en 2010 grâce aux gains perçus dans un jeu télévisé et le nouvel album vient effectivement de sortir 2 ans après un financement participatif.



Je suis mal à l’aise avec l’idée de me faire aider financièrement mais vu que je n’ai pas de salaire et que Dead End ne rentre pas d’argent par ailleurs, il fallait bien trouver une solution.

Après le refus de plusieurs labels (et le “boycott” de certains), la solution la plus simple a été de me dire “je jette l’éponge”.


Et puis mon entourage m’a poussé au cul. D‘autres personnes sur les réseaux sociaux m’ont dit que mes chansons étaient bien et qu’il serait dommage de les laisser dans un tiroir...

J’ai rempli une demande auprès de 3 sites de crowdfunding, ils ont tous accepté mon projet. Il a fallu que je pèse le pour et le contre une année entière et j’ai fini par choisir Ulule.


Si c'était à refaire, je ne suis pas sûr de recommencer dans ces conditions. J’étais seul à prendre toutes les décisions et quand les gens te donnent leur argent, tu ne veux surtout pas les décevoir. Quel stress !

J’ai passé deux ans où j’ai failli y laisser ma santé pour faire un album de 16 titres + un Ep de 6 titres inédits spécialement enregistré pour les contributeurs. Ça doit se sentir à l’écoute par moment...Ehehe...




Où l’as-tu enregistré et avec qui ?


Nous avons choisi de faire ça à plusieurs endroits pour des raisons sonores et/ou de facilité technique : la batterie a été enregistrée dans la salle de concert “Le Grillen” à Colmar.

La basse a été enregistrée dans mon local de répétition. Puis j’ai enregistré les guitares et les voix sur mon ordinateur. Tout ça supervisé, mixé et masterisé par le producteur David Husser (aussi guitariste et compositeur de Y Front et de Stellar Temple).
Je me suis entouré de musiciens de la scène alsacienne reconnus pour leur talent : Bastiaan Sluis qui me suit depuis 3 albums maintenant à la batterie et Thomas Ketterer à la basse. Julien Masquelier qui avait été guitariste sur l’album précédent “Clusterfucktabulous!” est venu prêter main forte pour quelques solos.





Qu’est ce qui t’a inspiré sur la composition de cet album, certains textes sont politisés…

Le nom de l’album annonce un peu la couleur sur l’inspiration non ? ;cÞ


Suicide notes” parle de mes angoisses et du ras le bol que je ressens au quotidien. Mais je te rassure, je n’ai pas envie de mourir, au contraire...

L’album est loin d’être sombre et triste. Je tenais à ce qu’il reste dynamique sinon ça ne valait pas la peine de le faire. C’est plutôt un disque pour ceux qui se sentent déprimés à qui j’ai eu envie de dire “faites pas les cons, vous n’êtes pas seuls, ça va aller”...



Et puis ces derniers temps, beaucoup de personnes se sont suicidées, je voulais leur rendre hommage. Il y devait y avoir un truc dans l’air parce que la bouleversante série “13 reasons why” est sortie en même temps que mon disque...



Par contre, il n’y a pas de politique dans mes chansons. Ce n’est pas le but de Dead End même s’il arrive que je pousse un coup de gueule parfois sur une ou deux chansons.

Je n’appartiens à aucun bord politique et je trouverai indécent de faire porter mon opinion politique aux autres membres du groupe. Chacun pense ce qu’il veut et vote pour qui il veut.

Mais pour répondre à ta question, il y a effectivement une chanson qui critique le monde politique “en général” (Political shits) et une autre qui critique le système en “général” (Mediocracy)...

Quand tu dis “fuck politics” ou “fuck the system”, tout le monde est visé...






Peux-tu me parler de Crucifux Records, quand l’as-tu monté et quel est son but ?

Crucifux Records est une association que j’avais monté à l’époque du deuxième album afin de percevoir des subventions.

Autant te dire que les cathos du conseil administratifs de la mairie de Strasbourg n’ont pas apprécié ce nom...

Depuis, je m’en sers comme label pour autoproduire mes disques et pour encaisser les cachets de concerts.





Qui est la fille qui prête son image sur la pochette ?

“The girl on the sleeve”, en voilà un bon titre de chanson... ehehe...
Son nom est Heather White. Je l’ai connu par les réseaux sociaux il y a pas mal d’années. J’appréciais ses autoportraits que je voyais passer régulièrement sur Instagram. Puis un matin, j’ai flashé sur LA photo qui ferait la pochette de “Suicide notes”.

Je lui ai demandé son accord, elle accepté et par la suite, elle a fait une autre photo pour le EP “Suicide tracks”. Je suis particulièrement content de cette collaboration...








Le titre “Suicide notes” peut laisser planer une certaine confusion sur l’avenir du groupe…

Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer à faire vivre Dead End. Disons que quand j’ai commencé cet album il y a 2 ans, j’avais dit que c’était le dernier.
Mais j’ai encore beaucoup de créativité pour m’arrêter et l’idée de composer pour moi seul, cela m’est flippant...
J’ai trié plus de 40 démos pour faire les deux derniers disques. Avec les nouvelles démos que j’ai enregistrées récemment, j’aurai de quoi faire 2 nouveaux albums demain...

Encore faudrait-il que j’aie les moyens de les produire...




Peut-on imaginer une future sortie d’un EP, ou d’un split avec un autre groupe ?



Oui c’est possible. Une autre idée m’est venue il y a plus d’un an. Celle de faire des reprises pour un tribute au punk-rock de 77 à 82. Les membres actuels de Dead End seraient partant alors... Wait & see...





D’ailleurs à ce propos de quels groupes te sens-tu proche ?

C’est difficile tant ma démarche est marginale et que je ne fréquente plus le milieu depuis quelques années. Quand je cherche des membres pour Dead End, je regarde des vidéos sur le net de groupes punk-rock français et si un membre m’a plu par son jeu et son attitude, je le demande en ami sur Facebook. Ce n’est pas de l’espionnage, c’est juste ma façon de faire connaissance. Et je sais très vite si le musicien colle ou pas avec l’esprit de Dead End.

C’est ainsi que Nico, le batteur de Rebel Assholes, fait partie de Dead End depuis 2006. Plus récemment, Bat-Bat de Diego Pallavas. Leurs groupes ont tout de suite eu mon respect tant ils sont humbles, disponibles, ouverts et Rock’n’Roll.
Ce n’est pas le cas de tous les groupes qui, comme eux, bénéficient d’une petite notoriété aujourd’hui...

Les deux groupes que j’ai aussi apprécié ces derniers temps c’est The Videos (Paris) page bandcamp & Talk Show Host (Canada) page bandcamp




Toi, en tant que fan de musique qui a connu plusieurs époques, celle des vinyles, des échanges de cassettes, des cd et maintenant du numérique, quelle est celle qui te marque le plus ?

(Depuis quand tu me tutoies, toi ? Déjà que tu me traites de vieux... Ehehe...)

Franchement, dure question. Quand j’étais ado, j’ai été plus “cassettes” que le reste. C’était facile à trimballer et permettait de copier des album/Live qu’on avait du mal à trouver...

Vers mes 18 ans, j’ai commencé à collectionner les vinyles mais je les ai revendus 10 ans plus tard faute de thune. Pus j’ai acheté des CDs que j’ai revendu faute de thune...

Aujourd’hui, j’ai des dossiers sur mon ordinateur avec des MP3s téléchargés, c’est triste. J’écoute aussi des groupes sur Bandcamp.



Avec mon précédent groupe “Obnoxious!”, nous n’avions sorti que des disques en couleur et au format spécial (10 pouces ou Picture disc).

J’adorerai faire un tirage limité en vinyle Picture disc du “Suicide notes” d’ailleurs... Si un label est branché...







Quels sont tes meilleurs souvenirs avec Dead End dans ces 20 dernières années et les mauvais ?


Les meilleurs souvenirs ce sont les parties de rigolades au début du groupe avec Jerz et Zepi. Les rencontres avec les organisateurs, le premier public, les groupes dont Zabriskie Point.
Les premières chroniques dont une particulièrement touchante de Thomas VDB.



Les mauvais souvenirs, c’est la première séparation de Dead End en 2001 et le pire des souvenirs c’est le dépôt de bilan du label alors qu’on est en plein studio en 2003.
Ça a mené à une avalanche de mensonge, d’hypocrisie, de trahison de partout et à un disque partiellement inachevé et donc raté. J’ai cru ne jamais m’en remettre...

Ce que je vis en ce moment n’est pas mal non plus : la petite scène autoproclamée “punk” qui me donne des leçons...


A vous qui me lisez, n’oubliez jamais que le punk-rock ce n’est pas un parti politique avec des idées toutes faites. Le punk c’est l'individualisme.

C’est une façon de vivre qui consiste à “penser/faire/dire ce que l’on veut tout en respectant les autres dont ceux qui ne sont pas d’accord avec vous.

C’est à chacun de chercher l’info, le vrai et le meilleur pour soi. Personne ne doit dicter notre vie.

Ne jamais prendre ce que l’on nous sert sur un plateau, que ce soit des idées, la musique, etc. Il faut résister, se battre pour son intégrité.

En aucun cas on doit se soumettre à qui que ce soit. Et ne jamais refuser le dialogue avec quelqu’un qui n’est pas de votre avis.

Elle est là, la vraie démocratie...












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